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Huis clos

« Tu comptes aller où comme ça ? »

Le ton est sec, presque cassant. C’est une question qui n’en est pas vraiment une.

« Je te demande : tu comptes aller où ? Tu crois qu’on en a fini peut-être… Moi je n’ai pas terminé. J’attends toujours tes explications. Et tant que je ne les ai pas, tu restes là !
– Tu me retiens de force maintenant ?
– Je n’ai pas fait usage de la force. À quel moment ai-je levé la main sur toi ?
– Mais je ne peux pas sortir…
– Non, effectivement. Tu ne sortiras pas tant que tu n’auras pas assumé tes responsabilités. Faut-il que je pose à nouveau les mêmes questions ?
– Je n’ai rien à te dire.
– J’ai tout mon temps. Je peux comprendre que ce ne soit pas facile, mais il me faut des réponses. »

Le silence s’installe à nouveau dans le salon. Il est adossé à la porte, les bras croisés. Elle est retournée s’asseoir dans le fauteuil en cuir un peu défraîchi. Les pieds nus, elle se tient recroquevillée, les jambes dans ses bras. Elle se tait, et pourtant, intérieurement, c’est un flot incessant de pensées, de mots, d’images qui se bousculent. Comment peut-elle exprimer tout cela ? Comment pourrait-il comprendre le chemin qu’elle a dû parcourir pour se retrouver là à devoir rendre des comptes ? Alors, elle se tait, elle se mure dans le silence, attendant qu’il cède comme chaque fois.

Il ne bouge pas. Il ne quitte plus cette porte, n’ose plus s’en éloigner de peur qu’elle se précipite à l’extérieur. Il sait bien qu’il n’aurait pas la force ou le courage de courir après elle. Alors il reste là, les yeux dans le vague, la mâchoire crispée, les poings serrés. Pourquoi ne dit-elle rien ? Pourquoi ne veut-elle pas admettre qu’elle a fauté ? Il pourrait peut-être comprendre, voire même pardonner, si seulement elle daignait expliquer ce qu’il s’était passé. Mais elle reste muette. Alors, il se tait, se mure dans le silence, attendant qu’elle cède pour une fois.

Cela fait maintenant près de trois heures que le bras de fer est entamé et chacun campe sur ses positions, refusant de céder le moindre terrain à son adversaire.

« J’ai soif.
– Pourtant, tu n’as pas parlé…
– Pas la peine d’être sarcastique !
– Je ne suis pas sarcastique, je constate.
– Je n’ai rien à te dire.
– C’est trop facile !
– Détrompe-toi, ce n’est pas si facile.
– Et pour moi, tu crois que ça l’est. Je devrais me satisfaire de ça et faire comme si de rien n’était. Mais enfin, c’est donc toute la considération que tu as pour moi ?
– Ne dis pas ça. Tu sais bien que je tiens à toi.
– Non, je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est trop confus, trop changeant. Vas-tu enfin me dire ce qu’il s’est passé ? Je veux dire, ce qu’il s’est vraiment passé. Pas encore une de tes justifications rocambolesques que j’ai toujours fait mine de croire. Cette fois je veux une vraie explication. »

Elle se lève et vient près de lui, pose sa main sur son bras.

« Pierre, je t’aime…
– Je t’aimais, Jeanne. Je t’aimais. »

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