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Créer un personnage que l’on n’aimerait pas rencontrer

Rémi Boissard, flic.

Je m’appelle Rémi Boissard. J’ai trente-huit ans. Je suis marié et j’ai deux enfants. Je vis à Sarcelles, en banlieue parisienne depuis quinze ans. Je suis flic comme on dit. Affecté à la BAC, Brigade Anti Criminalité depuis huit ans.

J’ai grandi dans le Nord de la France. Mes parents bossaient à l’usine jusqu’à ce qu’ils perdent leur emploi quand j’avais 16 ans à peu près. C’était pas facile, cette époque. Mon père buvait déjà pas mal avant, mais à ce moment-là, c’est parti en sucette. Faut le comprendre, il n’avait que ça à faire. Et les journées sont longues quand tu n’as rien à faire. Alors il retrouvait ses anciens collègues et ils picolaient ensemble. Moi j’étais au lycée, et je n’avais qu’une envie c’était de me tirer de là, mais ma mère m’a dit : « Passe ton bac d’abord ! Sinon tu finiras comme nous… ». Alors, c’est ce que j’ai fait pour lui faire plaisir. Je l’ai eu de justesse, mais je l’ai eu.

Heureusement d’ailleurs, parce qu’après quatre ans de galère, c’est ce qui m’a permis de postuler au concours de gardien de la paix. Moi, je me voyais plus rester là-bas. Y avait pas de boulot pour moi et je commençais à faire des conneries. Je vivais toujours chez mes parents mais ça pouvait pas durer. Et puis un jour, je suis rentré et j’ai vu que ma mère avait un hématome à la joue. J’ai tout de suite compris que c’était le vieux qui l’avait cognée. Alors mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis jeté sur lui et je lui ai mis la branlée de sa vie. Forcément après ça, j’allais pas rester chez lui. Il m’a foutu dehors, mais il avait eu ce qu’il méritait. C’est con, mais je me suis senti utile à ce moment là. Je me suis dit que je pouvais rendre service et empêcher des mecs comme ça de nuire.

Ça a fait son chemin dans ma tête. J’ai été hébergé par un pote. Il était plus âgé que moi, il devait avoir trente piges, moi j’en avais vingt et un ou vingt-deux. Il avait une conscience politique déjà affirmée alors que moi j’y comprenais pas grand-chose. Il m’a beaucoup appris. Il m’a fait prendre conscience que la merde dans laquelle on se trouvait n’était pas due au hasard et que pendant que nous, on trimait pour s’en sortir, d’autres avaient la belle vie. Il m’a parlé de l’importance de remettre de l’ordre dans tout ça, de remettre de la morale. Il m’a présenté à ses amis. Certains étaient des gens importants. Y avait même un avocat qui se présentait comme conseiller général. Enfin bref, il m’a fait grandir. Et c’est lui qui m’a dit : « Pourquoi tu tenterais pas le concours de la Police ?  La France a besoin de gens comme toi, jeune mais avec de vraies valeurs, de vrais français. »

C’est comme ça que ça s’est passé. Il m’a aidé à préparer le concours. Et je l’ai eu. Je me suis retrouvé dans le quatre-vingt-treize. C’était pas très différent d’où je venais question misère, mais ce qui m’a frappé c’est que je ne me sentais pas chez moi. Il faut voir comment on est reçu quand on arrive dans certains quartiers. Des gamins de douze ou treize ans qui caillassent la voiture de patrouille. C’est la jungle là-bas. Et je ne te parle pas des »grands frères » qui dealent au pieds des tours. Moi j’arrivais tout frais, je pensais que j’allais pouvoir régler le problème à moi tout seul ! J’ai vite déchanté, crois-moi. J’en ai pris plein la gueule avec les collègues.

Et puis un jour, à la pause, on discutait entre nous et je parlais de mon pote de Villeneuve d’Asq qui avait pas mal réussi. Il était attaché parlementaire de l’avocat qui entre temps était devenu député européen pour le Rassemblement National. Ça a dû attiser la curiosité de mon chef, parce qu’il est venu me voir après et il m’a dit que je devrais postuler à la BAC, qu’ils avaient besoin de gars comme moi là-bas, qu’à notre niveau on ne pouvait rien faire, mais que si je voulais être vraiment utile et régler leur compte à toute cette racaille black-blanc-beur, c’était là-bas que je devais aller.

C’est le meilleur conseil qu’on m’ait donné. J’ai postulé et ça fait maintenant huit ans que j’y suis. J’ai trouvé une famille là-bas. Maintenant je peux te dire que je me sens utile. La peur a changé de camp. Ils savent bien qu’avec nous c’est pas la même. On n’est pas des violents à la base, mais on a les moyens d’agir contre cette vermine. Et même si la justice ne suit pas souvent, quand on retourne dans le quartier, les gars qu’on a pincés se souviennent de comment ça s’est passé et ils font profil bas.

Bon, il faut qu’on fasse gaffe quand même, parce qu’avec toutes ces histoires médiatisées, y a une haine anti-flics qui s’installe dans la société. C’est toujours pareil, c’est à nous qu’on s’en prend et pas à ceux qui font n’importe quoi alors qu’ils ne sont même pas chez eux. Heureusement, je touche du bois, chaque fois qu’il y a eu un souci avec mon équipe, le syndicat est intervenu et la hiérarchie a fait ce qu’il fallait. J’espère que ça continuera comme ça, parce que merde à la fin, l’ordre c’est nous !

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Rencontre imprévue

Paris, le 1er juin

Cher M.,

C’est étonnant comme le hasard nous a mis sur le chemin l’un de l’autre. La technologie contemporaine permet des coïncidences heureuses. Je dois bien vous avouer que vous sortez du lot et qu’il m’est très agréable de pouvoir converser avec vous.

Je sens chez vous une éducation, un certain respect qui, hélas, n’est point monnaie courante là où virtuellement nous nous sommes rencontrés. J’apprécie vraiment et cela m’incite à poursuivre plus avant nos échanges.

Je dois vous l’avouer, je ne crois pas à votre histoire d’agent secret, mais elle m’a fait sourire et, au bout du compte, a fait naître une certaine curiosité à votre égard. Vous dites avoir le goût du risque, c’est ce que nous allons voir. Ne serez-vous point effrayé d’entretenir d’épistolaires échanges avec quelqu’un d’aussi dangereux que moi ?

J’attends votre réponse.

A.

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Inventer une intrigue autour d’une oeuvre d’art

Edward Hopper – La nuit au bureau – 1940

« John, vous devriez rentrer. Il est tard et cela peut attendre demain.
– Non Sally, je dois répondre à ce courrier. C’est important. Il faut que ma lettre parte à la première heure.
– Vous pouvez comptez sur moi.
– Merci… Mais vous avez raison, il est tard et vous êtes toujours là. Rentrez chez vous, je m’en sortirai bien tout seul.
Vous savez bien que c’est hors de question. Et puis, comment feriez-vous ? Vous ne savez pas utiliser la Remington ! »

John lâcha un sourire. C’était vrai. Jamais il n’avait même essayé de taper à la machine. Il s’en remettait toujours à sa secrétaire Sally. Comme pour beaucoup de choses du reste. Elle était plus qu’une secrétaire, une assistante, un confidente parfois. Heureusement qu’elle était là pour gérer ses rendez-vous, anticiper ses repas… On ne dit pas assez combien les hommes d’influence s’appuient sur ces femmes de l’ombre.

Sally, n’avait pas bougé. La main sur le tiroir ouvert, elle faisait mine de chercher un dossier, mais en réalité, elle n’avait pas quitté John des yeux. Elle s’inquiétait pour lui. Elle se souciait de lui. Elle savait bien qu’il la considérait plus qu’une simple secrétaire, qu’il se confiait à elle parfois. Elle faisait tout pour que son quotidien soit le plus simple possible. On ne dit pas assez combien certaines femmes de l’ombre aiment ceux qu’elles assistent.

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Autoportrait sans visage

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Mon personnage favori