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Défis Écriture

Incipit

« Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. Pour savoir à quel type appartient la vôtre, il convient donc de s’interroger sur les similitudes et les différences qu’elle présente par rapport aux autres. Par exemple, combien d’enfants compte-t-elle ? Réussissent-ils bien à l’école ? Et vous, les parents ? Vous entendez-vous toujours aussi bien ? Êtes-vous heureux dans votre emploi ? Vous disputez-vous une fois les enfants couchés ? Leur avez-vous lu une histoire avant d’aller au lit ? Allez-vous en vacances tous les ans au même endroit ? Échappez-vous au poulet du dimanche midi dans vos belles-familles ?

Cela n’a l’air de rien pris séparément, mais mis bout à bout tous ces éléments dressent un portrait-robot de votre foyer. Vous pouvez prendre ainsi la mesure de votre originalité, voire de votre singularité. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, c’est cette originalité qui conduit au malheur familial, car les codes ont la vie dure. Et s’il est un domaine où les codes sont toujours d’actualité c’est bien celui du bonheur familial.

Pour autant, faut-il souhaiter à tout prix une famille heureuse. Ne vaut-il pas mieux que chaque membre ressente son propre bonheur, indépendamment du groupe ? N’est-ce pas là la clé ? Combien de familles heureuses enferment ? Je crois qu’il ne faut pas courir après cette image policée, mais au contraire cultiver les aspérités, bousculer l’ordre établi, surprendre et pourquoi pas choquer. »

Anna écoutait avec beaucoup d’attention les propos peu conventionnels du conférencier. Elle se sentait bousculée dans ses certitudes, mais elle ne pouvait réfutait le fait que cela faisait quelque part écho en elle. Elle se leva, quitta la salle et sortit son téléphone de son sac :

– Paul, il faut que je te parle. Rejoins-moi au Régent. Je t’attends.

La première phrase du texte est aussi celle d’Anna Karénine de Tolstoï

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