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Décrire son dernier lieu de vacances

Rose Marie

C’est une villa comme il y en a beaucoup dans le quartier. Quand on y arrive, elle a l’air relativement simple. Le portail métallique qui donne sur un petite cour cimentée se ferme avec quelque difficulté et la peinture extérieure s’écaille un peu. Trois ou quatre marches mènent à la porte d’entrée de bois noir. Elle s’ouvre sur un vaste salon actuel où trône un immense canapé. L’intérieur est à la fois sobre et élégant. Aux murs se côtoient quelques œuvres contemporaines et des antiquités chinées. Le tout est associé avec élégance.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la vue. En effet, le salon est tourné vers l’extérieur grâce à de grandes baies vitrées qui attirent le regard. Une pelouse, toute en longueur longe une piscine et conduit à un petit portillon permettant d’accéder à la plage. À marée haute, on peut voir depuis le salon les vagues s’écraser sur les rochers situées à quelques centaines de mètres du large. Le salon s’ouvre à la fois sur un coin salle à manger près des baies vitrée et, à l’opposé, sur une cuisine ouverte parfaitement équipée et fonctionnelle. Face à elle, une première chambre et sa salle d’eau attenante accueillent les invités, et au bout du petit couloir, un petit bureau permet à la maîtresse des lieux de préparer ses cours.

Pour accéder à l’étage, il faut retourner dans la salle à manger et ouvrir la porte qui s’y trouve. Elle donne sur un palier qui distribue à la fois une deuxième salle d’eau et des toilettes d’une part, une petite cave et l’escalier. En empruntant ce dernier, on arrive au niveau supérieur où se trouvent un salon (qui peut faire office de chambre d’appoint) et la chambre principale. Tous deux ont une vue imprenable sur la mer. La chambre dispose également d’une salle de bain attenante avec baignoire. Le tout est meublé avec simplicité, mais avec un sens indéniable du confort. La cafetière en tête de lit est un luxe qui a un certain charme… Depuis le palier, un petit couloir conduit à une première terrasse bien abritée du vent et des regards où les amateurs de farniente peuvent s’adonner à de longue séances de bronzage potentiellement intégral. Un escalier extérieur mène à une deuxième qui offre une vue périphérique des plus agréable. Comment ne pas être attiré par cette plage au bout du jardin ?

Une fois franchi le portillon en passant par dessus, car l’oxydation marine a eu raison de sa mobilité, on descend quelques marches pour se retrouver les pieds dans le sable. Quelques mètres vers la gauche et ce sont de petits galets qui recouvrent le sol. Quelques rochers au large forment une anse où l’eau y est tranquille. En longeant la mer, on peut apprécier la vue de belles propriétés, dont beaucoup sont inoccupées. Skhirat est un lieu de villégiature pour les Rbatis aisés et même pour quelques riches retraités français qui ne viennent y passer que quelques jours dans l’année. Plus loin des escaliers de pierre permettent de rejoindre un petit sentier côtier où dès le début du printemps de nombreuses variétés de fleurs se mêlent en un multitude de tâches de couleur.

Mais ce qui fait l’attrait de cette plage de Jawhara, c’est la petite pointe rocheuse qui la termine, paysage minéral et presque lunaire constitué de roches calcaires creusées de toute part, formant de petites mares suite aux grandes marées. On peut aller s’y balader et d’approcher des vagues qui viennent s’écraser sur la petite falaise qui s’y trouve. On appréciera la douceur des embruns avant de prendre le chemin du retour vers la villa où l’un des salons extérieurs permettra de savourer au coucher du soleil un apéritif réconfortant.

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Créer un personnage que l’on n’aimerait pas rencontrer

Rémi Boissard, flic.

Je m’appelle Rémi Boissard. J’ai trente-huit ans. Je suis marié et j’ai deux enfants. Je vis à Sarcelles, en banlieue parisienne depuis quinze ans. Je suis flic comme on dit. Affecté à la BAC, Brigade Anti Criminalité depuis huit ans.

J’ai grandi dans le Nord de la France. Mes parents bossaient à l’usine jusqu’à ce qu’ils perdent leur emploi quand j’avais 16 ans à peu près. C’était pas facile, cette époque. Mon père buvait déjà pas mal avant, mais à ce moment-là, c’est parti en sucette. Faut le comprendre, il n’avait que ça à faire. Et les journées sont longues quand tu n’as rien à faire. Alors il retrouvait ses anciens collègues et ils picolaient ensemble. Moi j’étais au lycée, et je n’avais qu’une envie c’était de me tirer de là, mais ma mère m’a dit : « Passe ton bac d’abord ! Sinon tu finiras comme nous… ». Alors, c’est ce que j’ai fait pour lui faire plaisir. Je l’ai eu de justesse, mais je l’ai eu.

Heureusement d’ailleurs, parce qu’après quatre ans de galère, c’est ce qui m’a permis de postuler au concours de gardien de la paix. Moi, je me voyais plus rester là-bas. Y avait pas de boulot pour moi et je commençais à faire des conneries. Je vivais toujours chez mes parents mais ça pouvait pas durer. Et puis un jour, je suis rentré et j’ai vu que ma mère avait un hématome à la joue. J’ai tout de suite compris que c’était le vieux qui l’avait cognée. Alors mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis jeté sur lui et je lui ai mis la branlée de sa vie. Forcément après ça, j’allais pas rester chez lui. Il m’a foutu dehors, mais il avait eu ce qu’il méritait. C’est con, mais je me suis senti utile à ce moment là. Je me suis dit que je pouvais rendre service et empêcher des mecs comme ça de nuire.

Ça a fait son chemin dans ma tête. J’ai été hébergé par un pote. Il était plus âgé que moi, il devait avoir trente piges, moi j’en avais vingt et un ou vingt-deux. Il avait une conscience politique déjà affirmée alors que moi j’y comprenais pas grand-chose. Il m’a beaucoup appris. Il m’a fait prendre conscience que la merde dans laquelle on se trouvait n’était pas due au hasard et que pendant que nous, on trimait pour s’en sortir, d’autres avaient la belle vie. Il m’a parlé de l’importance de remettre de l’ordre dans tout ça, de remettre de la morale. Il m’a présenté à ses amis. Certains étaient des gens importants. Y avait même un avocat qui se présentait comme conseiller général. Enfin bref, il m’a fait grandir. Et c’est lui qui m’a dit : « Pourquoi tu tenterais pas le concours de la Police ?  La France a besoin de gens comme toi, jeune mais avec de vraies valeurs, de vrais français. »

C’est comme ça que ça s’est passé. Il m’a aidé à préparer le concours. Et je l’ai eu. Je me suis retrouvé dans le quatre-vingt-treize. C’était pas très différent d’où je venais question misère, mais ce qui m’a frappé c’est que je ne me sentais pas chez moi. Il faut voir comment on est reçu quand on arrive dans certains quartiers. Des gamins de douze ou treize ans qui caillassent la voiture de patrouille. C’est la jungle là-bas. Et je ne te parle pas des »grands frères » qui dealent au pieds des tours. Moi j’arrivais tout frais, je pensais que j’allais pouvoir régler le problème à moi tout seul ! J’ai vite déchanté, crois-moi. J’en ai pris plein la gueule avec les collègues.

Et puis un jour, à la pause, on discutait entre nous et je parlais de mon pote de Villeneuve d’Asq qui avait pas mal réussi. Il était attaché parlementaire de l’avocat qui entre temps était devenu député européen pour le Rassemblement National. Ça a dû attiser la curiosité de mon chef, parce qu’il est venu me voir après et il m’a dit que je devrais postuler à la BAC, qu’ils avaient besoin de gars comme moi là-bas, qu’à notre niveau on ne pouvait rien faire, mais que si je voulais être vraiment utile et régler leur compte à toute cette racaille black-blanc-beur, c’était là-bas que je devais aller.

C’est le meilleur conseil qu’on m’ait donné. J’ai postulé et ça fait maintenant huit ans que j’y suis. J’ai trouvé une famille là-bas. Maintenant je peux te dire que je me sens utile. La peur a changé de camp. Ils savent bien qu’avec nous c’est pas la même. On n’est pas des violents à la base, mais on a les moyens d’agir contre cette vermine. Et même si la justice ne suit pas souvent, quand on retourne dans le quartier, les gars qu’on a pincés se souviennent de comment ça s’est passé et ils font profil bas.

Bon, il faut qu’on fasse gaffe quand même, parce qu’avec toutes ces histoires médiatisées, y a une haine anti-flics qui s’installe dans la société. C’est toujours pareil, c’est à nous qu’on s’en prend et pas à ceux qui font n’importe quoi alors qu’ils ne sont même pas chez eux. Heureusement, je touche du bois, chaque fois qu’il y a eu un souci avec mon équipe, le syndicat est intervenu et la hiérarchie a fait ce qu’il fallait. J’espère que ça continuera comme ça, parce que merde à la fin, l’ordre c’est nous !

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Écrire 2 000 mots

Rencontre imprévue

Paris, le 1er juin

Cher M.,

C’est étonnant comme le hasard nous a mis sur le chemin l’un de l’autre. La technologie contemporaine permet des coïncidences heureuses. Je dois bien vous avouer que vous sortez du lot et qu’il m’est très agréable de pouvoir converser avec vous.

Je sens chez vous une éducation, un certain respect qui, hélas, n’est point monnaie courante là où virtuellement nous nous sommes rencontrés. J’apprécie vraiment et cela m’incite à poursuivre plus avant nos échanges.

Je dois vous l’avouer, je ne crois pas à votre histoire d’agent secret, mais elle m’a fait sourire et, au bout du compte, a fait naître une certaine curiosité à votre égard. Vous dites avoir le goût du risque, c’est ce que nous allons voir. Ne serez-vous point effrayé d’entretenir d’épistolaires échanges avec quelqu’un d’aussi dangereux que moi ?

J’attends votre réponse.

A.

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Inventer une intrigue autour d’une oeuvre d’art

Edward Hopper – La nuit au bureau – 1940

« John, vous devriez rentrer. Il est tard et cela peut attendre demain.
– Non Sally, je dois répondre à ce courrier. C’est important. Il faut que ma lettre parte à la première heure.
– Vous pouvez comptez sur moi.
– Merci… Mais vous avez raison, il est tard et vous êtes toujours là. Rentrez chez vous, je m’en sortirai bien tout seul.
Vous savez bien que c’est hors de question. Et puis, comment feriez-vous ? Vous ne savez pas utiliser la Remington ! »

John lâcha un sourire. C’était vrai. Jamais il n’avait même essayé de taper à la machine. Il s’en remettait toujours à sa secrétaire Sally. Comme pour beaucoup de choses du reste. Elle était plus qu’une secrétaire, une assistante, un confidente parfois. Heureusement qu’elle était là pour gérer ses rendez-vous, anticiper ses repas… On ne dit pas assez combien les hommes d’influence s’appuient sur ces femmes de l’ombre.

Sally, n’avait pas bougé. La main sur le tiroir ouvert, elle faisait mine de chercher un dossier, mais en réalité, elle n’avait pas quitté John des yeux. Elle s’inquiétait pour lui. Elle se souciait de lui. Elle savait bien qu’il la considérait plus qu’une simple secrétaire, qu’il se confiait à elle parfois. Elle faisait tout pour que son quotidien soit le plus simple possible. On ne dit pas assez combien certaines femmes de l’ombre aiment ceux qu’elles assistent.

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Une photo du téléphone au hasard

La sauterelle et le scarabée

Mesdames et messieurs, attention !
Je vais vous faire une chanson
Dont vous vous souviendrez sûrement
Quand vous ne compterez plus les ans.

Chanson triste ou bien joyeuse,
La morale en sera heureuse
Pour l’héroïne Annabelle
Qui fut bien plus qu’une sauterelle.

L’histoire commença au printemps
Parmi les parfums entêtants
De citronnelle et de jasmin.
La belle explorait le jardin.

Elle sautillait de fleurs en fleurs,
Sans ressentir la moindre peur,
Jusqu’à se trouver nez à nez
Avec un joli scarabée.

– Que faites-vous sur mon territoire,
Vous, votre carapace noire
et votre horripilant toupet ?
Me laisserez-vous donc en paix ?

-Allons, allons, belle demoiselle…
Ne levez point les yeux au ciel,
Ne montrez point votre dédain
Pour celui qui vous veut du bien.

Je vous ai suivi, il est vrai.
Je ne suis hélas pas parfait.
Mais comment résister à vous ?
Je suis prêt à prendre des coups.

M’autorisez-vous un instant,
Même si je suis tremblotant,
À vous déclarer ma flamme ?
Acceptez-vous d’être ma femme ?

Jamais on n’avait vu rougir,
Blêmir et même s’enorgueillir
Un insecte de cette espèce
Avec une telle vitesse.

La belle avait tout oublié :
La fleur qu’elle voulait butiner,
La couleur de son prétendant
et sa froideur assurément.

Il avait fait montre d’audace,
Avait su rompre la glace.
Au diable donc les différences,
Annabelle saisit sa chance

Et c’est depuis ce beau jour là,
Que parmi roses et lilas,
Si vous ouvrez l’œil, vous verrez
Une sauterelle et un scarabée.

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Écrire une histoire en 30 minutes

Huis clos

« Tu comptes aller où comme ça ? »

Le ton est sec, presque cassant. C’est une question qui n’en est pas vraiment une.

« Je te demande : tu comptes aller où ? Tu crois qu’on en a fini peut-être… Moi je n’ai pas terminé. J’attends toujours tes explications. Et tant que je ne les ai pas, tu restes là !
– Tu me retiens de force maintenant ?
– Je n’ai pas fait usage de la force. À quel moment ai-je levé la main sur toi ?
– Mais je ne peux pas sortir…
– Non, effectivement. Tu ne sortiras pas tant que tu n’auras pas assumé tes responsabilités. Faut-il que je pose à nouveau les mêmes questions ?
– Je n’ai rien à te dire.
– J’ai tout mon temps. Je peux comprendre que ce ne soit pas facile, mais il me faut des réponses. »

Le silence s’installe à nouveau dans le salon. Il est adossé à la porte, les bras croisés. Elle est retournée s’asseoir dans le fauteuil en cuir un peu défraîchi. Les pieds nus, elle se tient recroquevillée, les jambes dans ses bras. Elle se tait, et pourtant, intérieurement, c’est un flot incessant de pensées, de mots, d’images qui se bousculent. Comment peut-elle exprimer tout cela ? Comment pourrait-il comprendre le chemin qu’elle a dû parcourir pour se retrouver là à devoir rendre des comptes ? Alors, elle se tait, elle se mure dans le silence, attendant qu’il cède comme chaque fois.

Il ne bouge pas. Il ne quitte plus cette porte, n’ose plus s’en éloigner de peur qu’elle se précipite à l’extérieur. Il sait bien qu’il n’aurait pas la force ou le courage de courir après elle. Alors il reste là, les yeux dans le vague, la mâchoire crispée, les poings serrés. Pourquoi ne dit-elle rien ? Pourquoi ne veut-elle pas admettre qu’elle a fauté ? Il pourrait peut-être comprendre, voire même pardonner, si seulement elle daignait expliquer ce qu’il s’était passé. Mais elle reste muette. Alors, il se tait, se mure dans le silence, attendant qu’elle cède pour une fois.

Cela fait maintenant près de trois heures que le bras de fer est entamé et chacun campe sur ses positions, refusant de céder le moindre terrain à son adversaire.

« J’ai soif.
– Pourtant, tu n’as pas parlé…
– Pas la peine d’être sarcastique !
– Je ne suis pas sarcastique, je constate.
– Je n’ai rien à te dire.
– C’est trop facile !
– Détrompe-toi, ce n’est pas si facile.
– Et pour moi, tu crois que ça l’est. Je devrais me satisfaire de ça et faire comme si de rien n’était. Mais enfin, c’est donc toute la considération que tu as pour moi ?
– Ne dis pas ça. Tu sais bien que je tiens à toi.
– Non, je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est trop confus, trop changeant. Vas-tu enfin me dire ce qu’il s’est passé ? Je veux dire, ce qu’il s’est vraiment passé. Pas encore une de tes justifications rocambolesques que j’ai toujours fait mine de croire. Cette fois je veux une vraie explication. »

Elle se lève et vient près de lui, pose sa main sur son bras.

« Pierre, je t’aime…
– Je t’aimais, Jeanne. Je t’aimais. »